Hépatite C: Les trithérapies augmentent les chances de guérison
L'arrivée sur le marché de nouveaux médicaments contre l'hépatite C permet de guérir 60 à 90 % des patients infectés par la forme la plus courante de ce virus (C1). Mais cette révolution thérapeutique n'aura lieu que si les moyens hospitaliers de prise en charge sont revus à la hausse…
Contrairement aux virus des hépatites A et B, il n'existe pas de vaccin contre le VHC. Au-delà des mesures de prévention trop ciblées sur les groupes dit à risques, les progrès médicamenteux ont été constants depuis la découverte du virus en 1989. Ils connaissent aujourd'hui une nouvelle évolution avec l'arrivée sur le marché d'une nouvelle classe thérapeutique.
Hépatite C: un réel problème de santé publique
Cette infection est ainsi la principale cause de cirrhose du foie et la première de transplantation hépatique aux Etats-Unis, et la 2ème en France. La mortalité liée au VHC est estimée à 3 600 décès soit deux fois plus que la mortalité liée au cancer du col de l'utérus.
Point de vue du Dr Andrée Nisard
La Commission européenne vient d'approuver, à 4 mois d'intervalle, deux nouveaux traitements dans le traitement de l'hépatite C, le télaprévir commercialisé par Janssen-Cilag (Incivo®) et le bocéprévir commercialisé par le laboratoire MSD (Victrelis®). Il s'agit d'une nouvelle classe d'antiviraux à action directe (AAD) inhibiteur de la protéase, utilisée chez l'adulte en association avec le peginterféron alfa et la ribavirine dans le traitement de l'hépatite C chronique (VHC) de génotype 1 chez les patients adultes ayant une maladie hépatique compensée. Le Dr Andrée Nisard, gastro-entérologue libéral et hospitalier (praticien attaché des hôpitaux Lariboisière et Saint-Louis) donne son point de vue sur ces nouvelles molécules.
Qu'apportent ces nouveaux traitements dans l'arsenal thérapeutique de l'hépatite C?
Le traitement standard de l'hépatite chronique due au virus de l'hépatite C (VHC) repose sur la bithérapie interféron pégylé alfa-ribavirine. Pour les hépatites dues au VHC de génotype 1, la réponse virale soutenue est autour de 50% avec le traitement standard sachant que ce génotype concerne environ 60% des patients.
L'arrivée de 2 molécules de la classe des inhibiteurs de protéase du virus C modifie les résultats thérapeutiques. La trithérapie augmente l'efficacité de 30% pour les patients naïfs de tout traitement et de 50% pour les non répondeurs par rapport au traitement standard.
Quelles sont leurs indications et mode de délivrance ?
L'autorisation a été accordée pour un traitement de l'hépatite chronique C de génotype 1, en association avec l'interféron pégylé alfa et la ribavirine, chez des patients adultes ayant une maladie hépatique compensée (incluant la cirrhose) naïfs de tout traitement ou qui ont été précédemment traités par interféron pégylé ou non, seul ou en association à la ribavirine incluant rechuteurs, répondeurs partiels ou nul.
Ces 2 molécules après une phase d'autorisation temporaire d'utilisation (ATU) ont été approuvées par la Commission Européenne avec autorisation de mise sur le marché valable dans toute l'Union Européenne. Ces médicaments nécessitent une prescription hospitalière et ne sont encore disponibles en France qu'en pharmacie hospitalière.
Comment prescrire ces nouvelles molécules ?
La posologie du télaprévir est de 2cp à 375mg 3 fois par jour toutes les 8 heures avec un repas gras.
La posologie du bocéprévir est de 4 gélules à 200mg 3 fois par jour toutes les 8 heures avec un repas libre.
Les schémas thérapeutiques au cours des essais cliniques n'ont pas été les mêmes pour les 2 molécules.
Avec le télaprévir tous les patients ont 12 semaines de trithérapie suivie de 12 semaines de bithérapie interféron-ribavirine chez les patients naïfs et les rechuteurs ayant une réponse virologique rapide (c'est à dire avec une charge virale indétectable à la 4ème semaine, qui perdure jusqu'à la 24ème semaine) non cirrhotiques et 36 semaines chez les autres.
Le bocéprévir est administré après une « phase initiale de bithérapie » standard (PIB) de 4 semaines. Cette phase a pour intérêt de dépister les répondeurs rapides à la bithérapie et d'évaluer ainsi les chances de succès des divers traitements, voire d'identifier les patients qui n'auront pas besoin de trithérapie. La trithérapie sera poursuivie pendant 24 ou 48 semaines selon qu'il s'agit d'un malade naïf ou selon sa réponse aux traitements précédents ainsi que le suivi de sa réponse virologique.
La cinétique virale permet donc de prédire la durée du traitement et il est possible de raccourcir la durée du traitement à 6 mois chez près de la moitié des patients.
Les détails des schémas thérapeutiques peuvent être retrouvés sur le site de l'Association Française pour l'Etude du Foie ainsi que les prises de position de l'AFEF sur ces trithérapies.
Quels sont leurs effets indésirables ?
Les effets secondaires de ces molécules ne doivent pas être négligés et il faut apprendre à les gérer. L'anémie, l'asthénie et surtout les risques d'interaction médicamenteuses, parfois dangereuses, sont communs aux 2 molécules. Les problèmes cutanés sont plus fréquents avec le télaprévir. Ces manifestations cutanées sont un prurit anal, très fréquent, des rash, et des atteintes cutanées parfois sévères devant être détectées rapidement, pouvant nécessiter une hospitalisation d'urgence et l'arrêt du traitement. Avec le bocéprévir le risque d'anémie est nettement majoré. Des manifestations digestives, une dysgueusie ou une agueusie ainsi que des céphalées sont également observées.
A qui s'adressent ces nouveaux traitements ?
